Célébrité d’obscurs culs-de-sac
De toutes les villes avec une certaine personnalité dans lesquelles j’ai vécu, comme Bilbao, Barcelone, ou Palmas de Gran Canarias, me reviennent toujours en mémoire des individus spéciaux ou personnages pittoresques qui restèrent incrustés dans mes souvenirs, dont je me rappelle toujours et auquels je reste spirituellement uni parce que sans qu’ils ne le sachent ni le prétendent, ils apportèrent une grande partie du charisme avec lequel, pour le meilleur ou pour le pire, ces scènes comptent.

Durant ma jeunesse, pendant que nous trainions depuis les rues d’à côté jusqu’à la plage aujourd’hui polluée de Las Alcaravaneras nous rencontrions fréquemment « Jean L’indien » qui, affectueusement, nous effrayait avec ses allures grotesques, toujours pieds-nus et avec ce gilet découvrant son torse, un serre-tête de plume et nous saluant tel un indigène nord-américain sortit d’un western, les bras et les mains au ciel, Jau !!! Ce qui, évidement, justifiait son surnom. Un jour où l’on s’y attendait le moins, Juanito fut retrouvé sans vie sous la barque qui, posée à l’envers, lui servait de couche sur la plage, où je suppose il vivait son addiction et avait ses plus excitant voyage hallucinogènes. Bien que mal vu par beaucoup, le quartier mit du temps à se remettre de sa perte et lors d’une réunion spontanée de voisins, on réunit l’argent nécessaire pour ses adieux et une place commémorative.
De ma prématurité de Bilbao je me souviens parfaitement de cette âme sans peine qui était connue comme « Brigitte » laissant tombé son squelette dans les rue en quête de Bilbo la veille de l’autre côté du Nervion. Combien de fois elle me fit mourir de rire quand depuis les profondeurs de la salle obscure d’un de ces locaux d’ambiance on entendait sa voix inespérée et cassée, exprimant son cri de guerre si particulier : Pajarraca!!! (Drôle d’oiseau!!!) Comme je ne sais rien de ce qu’elle est devenue j’aimerai m’adresser directement à elle et lui dire mon souvenir et mon désir que, encore, elle mette autant d’ardeur, à elle qui, sans doute, personne ne remplace.
Avant-hier on m’a dit que j était un type mature intéressant et je ne sais toujours pas comment le prendre. En tous cas, à ce point de ma vie me revient en tête une de mes premières virées en arrivant à Barcelone quand en entrant timidement à la Bata de Boatine, m’accosta l’image d’une extravagante diva de quartier avec ses seins parfaitement opéré à l’air, interprétant avec une inhabituelle sensualité et juchée sur le bar certaines de ces chansons si particulières qui s’écoutent tant dans ce lieu. Avec le temps, notre relation eu quelques pours et beaucoup de contres, mais toujours elle me donna des éclats de rire quand, en me voyant de loin, elle criait : ¡Canaria, farsa! Grace à sa récente mort, moi, j’imagine que pour beaucoup, on se rappelle non-seulement d’elle, mais de tous ceux qui ont marqué avec leurs présences d’autres, comme moi, qui passait sans faire de bruit, réduits derrière leurs ombres et qui ne profitaient pas de la débordante personnalité comme celle qu’ils possédaient.
Pouvoir connaître des personnalités d’impasses obscures comme elle est facile, loue des appartements à Barcelone et profite ainsi du quartier du Raval.






